Les nouveaux défis du Renseignement français

renseignement_securiteOutre la montée des menaces liées au terrorisme, aux populismes, la commission de la défense nationale et des forces armées (10 mai 2016) met en exergue quelques éléments intéressants sur les capacités et les nouveaux défis du renseignement en France. Sujets qui nous intéressent particulièrement dans le cadre de ce blog. Nous nous pencherons ainsi sur les systèmes de coopération entre services, et analyserons le « double défi technologique » auquel les services de Renseignement français doivent faire France. N’étant pas expert du Renseignement et, m’appuyant sur les éléments de la commission, je laisse soin aux spécialistes de compléter cette synthèse par leurs analyses.

Les systèmes de coopération au niveau international et national.

Sur le plan international, la coopération entre services de renseignement est forte mais pas optimale. La France s’appuie majoritairement sur les américains, les plus gros pourvoyeurs de renseignement au monde. Une collaboration efficace est également opérée avec les services russes. Néanmoins, nous manquons encore de renseignements directs en provenance de la Syrie, de l’Irak et de la Lybie. « Aujourd’hui, on est aveugles, on n’a plus rien qui vienne de ces trois pays » soulignait en 2015 Alain Chouet, ancien Haut Responsable de l’espionnage français (source Mediapart).

En ce qui concerne l’Europe, le problème est l’absence de consensus. M. Patrick Calvar, directeur général de la sécurité intérieure donne notamment l’exemple du PNR. Les différents pays « ne parlent pas le même langage et sont donc incapables d’harmoniser leurs législations ».

Il reste également une marge d’optimisation sur la complémentarité entre la DGSI et la DGSE. L’un étant par nature défensif*, l’autre offensif, les deux institutions ont des objectifs qui différent mais certaines données, outils peuvent être davantage mutualisés (concernant les solutions Big Data par exemple). Autre problématique soulignée, le renseignement informatique reste encore cloisonné entre le civil et le militaire.

L’optimisation de la coopération entre les services aux échelles nationale, européenne et internationale est nécessaire car les menaces prennent leurs sources souvent en dehors de nos frontières.

En révolution permanente, les services de Renseignement sont  également confrontés à  un défi technologique. Défi illustré par deux sujets majeurs : le problème du chiffrement, et la relative faiblesse technique des solutions françaises de Big Data.

Le défi du « recueil de l’information » : le problème du chiffrement

Aujourd’hui nous nous heurtons à un problème bien connu et qui va grandissant : celui du chiffrement.

En matière de lutte contre le terrorisme, les services de renseignement français se sont rendus compte que « les structures étaient très organisées, très hiérarchisées, militarisées, composées d’individus communiquant avec leur centre de commandement ». Cette communication est permanente et aucune interception n’a été réalisée ; or, précise le directeur général de la DGSI, « même une interception n’aurait pas permis de mettre au jour les projets envisagés puisque les communications étaient chiffrées sans que personne ne soit capable de casser le chiffrement. » Le conflit ayant opposé Apple et le Federal Bureau of Investigation (FBI) en est l’illustration concrète ; c’est un problème majeur qui dépasse largement le cadre des frontières nationales. Demain, les iPhones auront un chiffrement aléatoire. Pour M. Patrick Calvar, la seule façon de résoudre ce problème est de contraindre les opérateurs.

Le défi du « traitement de l’information » : l’enjeu du Big Data.

Nous ne manquons pas de données, mais il manque aujourd’hui des systèmes pour les analyser. Le problème n’est donc pas tant dans le recueil mais également dans le traitement et l’analyse de ces métadonnées. Le déploiement est progressif, beaucoup plus lent qu’en Israël ou aux Etats-Unis. Nos voisins européens sont dans une situation similaire.

Concrètement, les entreprises françaises qui développent des systèmes, des outils de big data ne sont pas encore capables de répondre aux besoins des services de Renseignement, alors que l’enjeu est immédiat. « Nous devons acquérir ce big data immédiatement » insiste le directeur général de la DGSI. Les ingénieurs de la DGSE travaillent actuellement sur ce sujet mais, la prochaine solution ne pourra être que temporaire.

Autre problématique, dans 4 ou 5 années, les technologies inscrites dans la loi seront obsolètes. Pour M. Patrick Calvar, « ce problème résulte du fossé qui se creuse entre, d’une part, les élites politiques et administratives et, d’autre part, les élites scientifiques ». Les experts de la DGSI ont ainsi découvert avec stupéfaction l’existence de nouveaux outils grâce aux révélations de M. Snowden !

Le recrutement externe est une des réponses envisagées par ces institutions en vue de faire face à l’évolution des menaces et répondre à ce défi technologique. Concernant, l’effectif de la DGSI, ce dernier continuera à augmenter dans les prochaines années pour atteindre 4400 personnes en 2018. A noter, les trois quarts de ses capacités sont toujours affectés à la lutte antiterroriste. Restent donc à combler les équipes en charge des missions de contre-espionnage, de contre-prolifération, de défense des intérêts économiques et de cyberdéfense. Le recrutement et l’acculturation de ces nouveaux profils pour le Renseignement demeure un enjeu complexe.

*cf. article de février 2015 sur ce blog

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