Les pépites françaises de l’écosystème Data (4) : Dataveyes

AAEAAQAAAAAAAANqAAAAJDY1MjM5YzQ3LTVlNDUtNDllNC1iYTY1LTcxMmQ1Caroline Goulard est CEO & co-founder de Dataveyesstart-up de visualisation interactive de données. Nous l’avons interrogé sur le positionnement de sa société, et sur la valeur ajoutée de l’humain dans des systèmes de collecte et de traitement qui se veulent de plus en plus automatisés. 

Pouvez-vous nous préciser le positionnement de Dataveyes dans le cycle de vie de la donnée (de l’extraction aux smart applis) ?

Dataveyes se concentre sur le dernier maillon de la chaîne de valeur des données, c’est-à-dire le moment où la donnée est au contact de l’utilisateur final, sous ses yeux et entre ses mains.

Notre métier consiste à améliorer ces points de contact entre humains et données pour apporter la meilleure médiation possible. Il peut s’agir de créer des applications de visualisation de données, des sites de storytelling des données, des outils de travail avec les données, des dashboards, des interfaces de domotique ou de robotique, voire des installations artistiques. Nos travaux visent un même objectif : réhausser la valeur des données en les rendant parlantes, compréhensibles et utilisables par tous.

Pour ce faire, nous réalisons des projets sur-mesure avec une approche design, c’est-à-dire  que nous nous intéressons aux problèmes concrets des utilisateurs finaux.
Nous n’avons donc pas vocation à concurrencer les outils génériques, mais à répondre aux besoins que ceux-ci ne couvrent pas… et ils sont encore nombreux. Ainsi, dans notre process, nous consacrons du temps à l’analyse des besoins, à l’exploration des données, à la création des modes de visualisation de données les plus pertinents, au travail des métaphores visuelles, ou encore à l’optimisation de l’ergonomie.

Nous intervenons parfois plus en amont de la chaîne de valeur, sur la collecte, le nettoyage et le traitement des données, mais toujours en vue de la conception de la meilleure médiation possible.

Notre équipe conjugue un mix de compétences allant du storytelling de données au design en passant par le développement et la statistique. C’est cet assemblage d’expertises qui nous permet de concevoir des interfaces qui se comprennent et se prennent en main naturellement. Nous préparons et accompagnons nos clients pour qu’ils soient outillés et en pleine maîtrise de leurs données à l’heure où celles-ci s’avèrent toujours plus présentes, riches et massives.

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Pour quels types de projets vos clients vous contactent-ils ?

Nous réalisons des projets de visualisation de données variés, qui répondent à trois grands types de besoin : mieux travailler avec les données, mieux communiquer avec les données, et inventer de nouveaux usages des données.

Beaucoup d’entreprises viennent nous voir en sachant que leurs données métier représentent des informations très stratégiques, mais sans avoir trouvé d’outil adapté pour en valoriser tout le potentiel. Nous avons ainsi conçu pour différentes organisations des outils de cartographie stratégiques pour aider à la décision, des tableaux de bords, des outils pour explorer les données, ou encore pour partager les connaissances.
Dernièrement, Dataveyes a par exemple développé pour un grand groupe français un outil pour exploiter un large historique de fiches de poste et d’organigrammes et ainsi faciliter l’élaboration de la stratégie de gestion des emplois et des carrières. Grâce à la visualisation de données, cette organisation a pu avoir une image parlante et dynamique des transformations vécues par l’entreprise, et y projeter les évolutions stratégiques anticipées.

Concernant les besoins de communication, nous y répondons en imaginant avec nos clients de nouvelles formes d’interaction et de narration qui rendent les données compréhensibles.

Il peut s’agir d’expériences sociales, comme ce dispositif second écran pour suivre la saison 4 de Game of Thrones conçu pour Orange, ou cette visualisation temps réel d’un match de foot pour Twitter France.
Nous travaillons aussi sur des projets de “brand utility” (voir nos réalisations pour la HAS ou Nexity). Certains projets visent à partager les résultats d’une enquête de façon interactive, comme cette application responsive faite pour Les Furets, tandis que d’autres ont une dimension plus artistique, comme ce “paysage vivant” du jeu vidéo réalisé pour une exposition de la Cité des Sciences.

Dataveyes réalise aussi des projets d’innovation, pour lesquels nos interfaces vont dévoiler le sens caché dans les données, et révéler de nouvelles opportunités de création de valeur.

Nous avons ainsi développé Compagnon, une application qui aide le grand public à mieux gérer sa consommation d’électricité, pour le faire profiter des technologies “smart home” et “smart grid”, fortes pourvoyeuses de données, mais que les utilisateurs peuvent avoir le sentiment de ne pas maîtriser.

le-premier-cas-de-conscience-dune-intelligence-artificielle-debranchee-de-justesse-par-des-scientifiques-americains-uneDataveyes explique être spécialisé dans les interactions hommes-données. A l’heure où le traitement de la donnée est de plus en plus automatisé, quel rôle reste-t-il à l’humain, et quelle est sa valeur ajoutée ?

Pour répondre à la massification des données, nous automatisons leur traitement avec des algorithmes de plus en plus élaborés, voire avec des intelligences artificielles.

C’est une tendance qu’on retrouve dans le monde de l’entreprise, où certains parlent de la fin du dashboard au profit des alertes, mais aussi dans des métiers spécifiques, comme le marketing automation, ou le high frequency trading. Le domaine judiciaire pourrait lui aussi être bientôt concerné : une équipe de chercheurs a mis au point un algorithme de machine learning capable de juger si un accusé doit attendre son procès en liberté ou en prison, selon le risque qu’il représente pour la société. A la clef : moins de crimes, et moins de disparités raciales dans les prisons.
Un autre cas d’automatisation des traitements de données pourrait transformer notre quotidien : les voitures autonomes. Nous nous apprêtons en effet à déléguer à un système algorithmique les décisions jusqu’ici prises par le seul conducteur.

Ces progrès dans l’automatisation du traitement de données et leurs nombreuses applications questionnent naturellement l’utilité des outils d’analyse et d’exploration de la donnée. Pourquoi consacrer du temps à la recherche d’indicateurs pertinents, à la mise au jour de tendances, lorsqu’un algorithme peut identifier lui-même la bonne information voire prendre la bonne décision ?

S’il est tentant de se désengager de cette confrontation avec les données, nous pensons que l’homme continue en réalité à y jouer un rôle primordial.

Pour des raisons de transparence d’abord. Car dans certains domaines, les algorithmes auront du mal à s’imposer comme unique arbitre : par exemple l’automatisation des décisions de licenciement ou de diagnostics médicaux se confronterait à d’intenses questionnements sur la façon dont sont opérés ces choix. Preuve en est avec le cas récent où étudiants et parents ont critiqué l’algorithme de la plateforme Admission Post Bac pour son manque de transparence dans l’attribution des places au sein de filières pourtant non-sélectives mais, soumises à un numerus clausus. Le ministère de l’Éducation nationale a dû consentir à publier une partie du code source de l’algorithme.

Pour acquérir l’adhésion des publics concernés, il est indispensable de leur apporter de la transparence. L’humain doit pouvoir relire, traduire, vulgariser, et ainsi comprendre la façon dont fonctionne un algorithme. C’est là la garantie de sa neutralité.

Le rôle de l’homme est de comprendre et vulgariser donc, mais aussi de réguler. Dans le domaine financier par exemple, le recours aux algorithmes de trading fait prendre des risques de blocage ou d’emballement du système : un problème mineur peut se transformer en catastrophe du fait de la vitesse de ces algorithmes et du volume de leurs transactions. Surtout, l’automatisation des ordres financiers rendent difficile leur surveillance. Maintenir l’humain dans ce système est donc indispensable pour en assurer une bonne régulation.

Enfin, les algorithmes ne peuvent pas tout. Imaginer de nouveaux produits, résoudre des conflits, prendre de nouvelles orientations stratégiques… Ces tâches nécessitent bien sûr une  information éclairée et renseignée par les données, mais elles ne peuvent se passer de la créativité humaine.

Parce qu’ils les expliquent et travaillent à les rendre transparents, parce qu’ils les régulent et les complètent, les humains doivent conserver un rôle fort dans les traitements de données.

Non pas pour les contrer ou leur faire face, mais pour accompagner leur progrès et leurs applications dans nos activités quotidiennes aussi bien qu’industrielles.
Encore faut-il pour cela que l’humain soit mis en capacité de comprendre comment fonctionnent ces algorithmes, souvent complexes, qui traitent des données volumineuses.

La solution se trouve auprès des interfaces hommes-données, qui apportent une véritable médiation, y compris pour les publics non experts.

C’est parce que nous sommes intimement convaincus de la forte valeur ajoutée de l’humain aux côtés et en complément des algorithmes que nous avons dédié notre activité à donner la capacité aux humains à jouer ce rôle, en  améliorant leur data literacy, c’est à dire une meilleure compréhension et intuition des données.

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Intelligence économique & IHEDN

logoIHEDN19032010Dans un an, l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) fêtera les 20 années d’existence des cycles Intelligence économique et stratégique. Le responsable du bureau Intelligence économique, Virgil DA SILVA MARQUES nous éclaire sur son histoire et ses spécificités.

La genèse de l’Intelligence économique à l’IHEDN

Les premiers cycles ont été mis en place dès 1996. C’est une première phase de sensibilisation où les questions de compétitivité et de sécurité économique des entreprises françaises, de protection et sécurisation de l’Information sont largement abordées. L’impact d’Internet fait progressivement son apparition dans les échanges. Durant cette période, « les grands noms de l’IE sont passés par l’IHEDN » nous précise notre interlocuteur. Ainsi, M. Alain Juillet et Mme Claude Revel participèrent aux premiers cycles de formation. Conscient de l’enjeu majeur de l’IE dans la vie des entreprises, l’IHEDN publie en octobre 2000 une première étude : l’Intelligence économique et stratégique dans les entreprises françaises (éditions Economica). Véritable analyse des pratiques d’IE dans les entreprises.

Depuis 2004, il n’y a pas eu d’évolutions majeures des thématiques contenues dans les formations. « L’IE aborde des problématiques anciennes. Nous apportons une vision complémentaire via l’analyse des Technologies de l’information et leur impact sur les organisations » argumente Virgil DA SILVA MARQUES. Si les problématiques (d’analyse et de partage de l’information, de protection des données, etc.) restent les mêmes, l’interviewé reconnait néanmoins que certains blocages persistent (cloisonnement des fonctions dans les organisations, etc.). Les démarches autonomes d’Intelligence collective demeurent trop rares…

Rôle et formations proposées

La vocation de l’IHEDN est d’être un lieu d’échanges et de réflexion. C’est dans ce cadre que le bureau IE propose des formations, à l’approche à la fois stratégique, managériale et opérationnelle. Le service reste étroitement lié avec les grands acteurs publics de l’IE en France (de la D2IE au Ministère des Affaires étrangères) et le secteur privé (la grande majorité des intervenants sont des professionnels/praticiens en l’entreprise)

3 formations sont ainsi proposées :

  • Le cycle Intelligence économique et stratégique dont les objectifs sont l’appropriation des concepts d’intelligence économique, l’acquisition des méthodes et outils pour, à terme,  implanter une démarche d’Intelligence économique au sein de son organisation.
  • Les séminaires Intelligence économique thématiques (veille, stratégies d’influence et de Lobbying, maîtrise des risques à l’international, normalisation et propriété intellectuelle)
  • Les séminaires « Sécurité économique et protection du patrimoine » dont le but est de sensibiliser et former les participants aux risques d’intrusions et, plus largement, sur les menaces pesant sur le patrimoine informationnel. Sont notamment présentées les mesures de protection à mettre en place dans le cadre d’une politique de sécurité des systèmes d’information (SSI) dans un contexte de Cyberdéfense.

Depuis 1996, l’IHEDN a réuni et formé près de 2000 personnes, cadres et dirigeants, issus de tous horizons professionnels. L’IHEDN peut ainsi s’enorgueillir d’être une source de connaissance historiquement reconnue et utilisée par les principaux acteurs de l’Intelligence économique.

Pour plus d’informations sur l’IHEDN, n’hésitez pas à vous rendre sur leur site

La DGSI, acteur de la politique publique d’Intelligence Economique

logo_dgsiPlusieurs acteurs s’inscrivent dans le cadre de la politique publique d’Intelligence Economique. Parmi eux, la DGSI, par son action de contre-ingérence économique, contribue à la préservation de la souveraineté économique, scientifique et technologique de la France. Intelligences Economiques s’est penché sur la mission de sécurité économique de cette institution aussi discrète que réputée.

La DGSI : un service de renseignement de sécurité et de police

La DGSI, sur les questions de protection économique, reste une institution éminemment défensive dont la mission centrale reste la sensibilisation des entreprises à la nécessaire protection de ses informations stratégiques. La vocation des professionnels de la structure en charge de cette mission reste donc le conseil et la prévention (sensibilisation aux risques collectifs et personnels). La prévention touche environ 8000 acteurs de toutes tailles du monde économique et scientifique. Le site du Ministère de l’Intérieur (http://www.interieur.gouv.fr) précise que la gamme de prestations, très large, combine travail de contact et de sensibilisation, conférences (environ 1200 conférences pour plus de 60 000 personnes en 2014), évaluations du niveau de sûreté, habilitation au secret de la défense nationale des personnes physiques et morales… En outre, la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive s’intègre également par essence à la protection économique.

La DGSI reste un service de police. Elle a donc une vocation de renseignement de sécurité mais peut avoir également une action répressive. Ce dernier point étant traité, non pas directement par la sous-direction de la protection du patrimoine économique, mais par une sous-direction judiciaire. La loi sur le secret des affaires aurait dû notamment intégrer ce volet répressif… alea jacta est !

Afin d’assurer ses missions, la DGSI, qui a succédé à la DCRI en 2014, peut s’appuyer sur un maillage territorial dense. Conduisant à la création de la DCRI en 2008, le mariage de la DST et des RG avait pu permettre ce bon équilibre. Le pilotage reste central (en accord avec la politique publique d’Intelligence économique) mais des déclinaisons sont opérées à l’échelon local. Des spécialistes en contre-ingérence économique sont ainsi présents dans la majorité des régions françaises.

Les nouvelles menaces pesant sur la sécurité des entreprises

Les secteurs traditionnels comme l’aéronautique, le nucléaire restent des cibles pour les actions d’ingérences étrangères. Mais, les nanotechnologies, la biotechnologie et le monde de la recherche plus largement sont de plus en plus victimes de la prédation économique.

Logiquement, les questions de cyber défense deviennent de plus en plus omniprésentes à la DGSI. Aujourd’hui plus de 20% des attaques sont liées à l’outil informatique (des attaques visant à la captation de données stratégiques jusqu’au vol d’ordinateur). Ces attaques s’intègrent le plus souvent dans un plan d’action global. Les auteurs de ces intrusions profitent notamment de la difficulté de mise en œuvre de la réponse judiciaire. Souvent hors de portée de l’action répressive, parce que résidant dans des pays peu ou pas coopératifs, ces derniers savent que le risque pénal encouru demeurera relatif.

Afin de faire face à ce nouveau type de menace, la DGSI renforce depuis 2013 ses capacités d’expertise technique par le recrutement de contractuels. Trop peu encore de «policiers – techniciens» sont formés pour pallier les besoins.

Les rapports de force dans le monde du Renseignement

Comme le soulignait la délégation parlementaire au Renseignement, dans le domaine économique, nos meilleurs partenaires peuvent être nos principaux adversaires. La France a-t-elle véritablement le pouvoir de peser sur l’échiquier? Ou jouons nous avec quelques coups de retard (voire avec des pièces en moins)? …

On indique dans les services qu’il «n’existe pas à ce jour de dispositif européen intégré de protection et de contre ingérence». En parallèle, d’autres pays se contentent de grands principes de surface et renforcent inéluctablement leurs capacités en matière de renseignement, notamment dans le domaine économique et financier. Afin d’obtenir un meilleur équilibre dans ce rapport de force, une «réponse adaptée devrait être recherchée». L’offensive est globale: outre les techniques propres aux services spécialisés et aux structures privées agissant en soutien de grandes entreprises, il y a une bataille juridique, avec la question des normes, voire judiciaire dans certains cas. Certains professionnels au sein de cette institution peuvent parfois regretter un «angélisme» sur ce sujet pourtant crucial. A la DGSI on s’interdit de faire de l’offensif.

Néanmoins, nous devons reconnaître qu’il existe, tant au niveau de l’Etat, qui améliore et renforce le dispositif public d’intelligence économique qu’au sein de la communauté du Renseignement, une réelle volonté d’améliorer la sécurité économique. «La réflexion est en cours et se veut permanente». Cela passe notamment par une relation plus fusionnelle entre les sphères privée et publique. Ce partenariat peut certainement être rendu plus efficace. Plus qu’une question d’adaptation, c’est une exigence pour renforcer notre crédibilité et protéger nos entreprises, nos emplois et donc notre indépendance et notre souveraineté.

On a trouvé des start-ups au sein de l’Etat !

lcenfranceImpulser un modèle « start-up » au sein de l’Etat, cela semble au premier abord compliqué voire impossible. Pourtant,  un homme du Secrétariat Général à la Modernisation de l’Action Publique (SGMA) (s’associant notamment à ETALAB et à la DISIC au sein du SGMAP) se bat chaque jour contre la lourdeur de la bureaucratie.  Il s’appelle Pierre Pezziardi et, Intelligences économiques a pu l’interroger.

Par une méthode, inspirée des méthodes agiles, du mouvement lean startup, des outils aussi divers que data.gouv.fr, Marchés Publics Simplifiés, ou mesDroits.gouv.fr ont pu voir le jour. Pierre Pezziardi était convaincu que l’innovation résidait dans le fait « d’arrêter les gros programmes ». Il s’est donc entouré d’équipes restreintes (4 personnes) pour délivrer rapidement et efficacement ses projets (6 mois de moyenne).

Lean IT Summit  2011Ses secrets, vous pouvez les retrouver sur son blog. Son objectif est simple : « offrir des services administratifs réellement innovants et utiles aux citoyens. » Pour cela il accepte l’idée « de créer de l’inconfort ». Bref, être un « Innovateur » cherchant à « s’attaquer aux rentes et aux modèles économiques peu vertueux ». Même si l’ancien VP d’Octo Technology reconnait « qu’un outil ne va pas changer une culture et, que d’énormes problèmes de silotages persistent » au sein de l’Etat, l’ambition est là. Une voie ouverte vers plus d’ «  Intelligence collective » ? L’Open Data notamment, un des grands chantiers du SGMA, « fait évoluer les mentalités vers le partage par défaut ». Ceci peut avoir de forts impacts sur l’efficacité publique, la rationalisation des dispositifs (ROI) et la transparence des gouvernements. Vous pouvez d’ailleurs visualiser une des interventions de Pierre Pezziardi sur ce sujet.

Par-dessus tout, l’action et l’humain restent les fondements de son « idéal ». « L’important c’est que les gens trouvent un contact » pour obtenir les bonnes informations justifie l’interviewé.

Pour Pierre Pezziardi , « Il y a une urgence à redéfinir notre apport à la société, non plus en termes de moyens, d’activités, mais en termes de contribution à un but, en action sur le réel. »

La prochaine cible (parmi tant d’autres) du SGMA : la question du non-recours aux droits. Plus d’informations à la fin du mois !

L’IE française : constats et prospectives (avec Alain Juillet)

PhotoAJNous entrons dans le dernier trimestre de cette année 2014. Bon timing pour faire un nouveau point sur l’IE en France. Qui mieux qu’Alain Juillet pouvait nous faire un état des lieux et, soulever les problématiques futures que devront résoudre les spécialistes. Intelligences économiques a ainsi pu interroger l’actuel Président de l’Académie de l’Intelligence économique.

Un constat : « nous entrons dans une 3ème phase de l’IE »

Alain Juillet distingue 3 phases dans le développement de l’IE en France.

La première : celle du Rapport Martre et des chercheurs. A la fin des années 1990, on  constate que les américains ont développé une nouvelle approche économique. Toutefois il y a eu peu d’actions dans la durée en dépit d’un bon lancement. « Pendant une dizaine d’années, l’Intelligence économique est restée dans les mains de quelques chercheurs » reconnait notre interlocuteur.

La deuxième phase débute en 2002 avec le rapport Carayon. Etude plus approfondie suivie d’un plan d’action concret.  « Sur les 30 propositions préconisées, les trois quart ont pu être mises en place » précise Alain Juillet, alors Haut Responsable pour l’Intelligence Économique.

Douze ans plus tard, on s’aperçoit que de nouvelles innovations viennent bouleverser les pratiques. « Nous rentrons dans une 3ème phase qui doit encore s’inventer ».

Les outils techniques utilisés pour la veille et la sécurité sont devenus de plus en plus efficaces et bouleversent le traitement de l’Information. « Les bases d’analyse de l’Information demeurent mais, il est possible de traiter beaucoup plus de données, d’explorer de nouveaux champs, tout cela avec des moyens légaux » précise Alain Juillet.

Nous sommes au début de « l’ère Data », encore dans la découverte. Cette nouvelle phase doit être accompagnée par l’Etat « mais il ne doit pas être le seul acteur ». Les entreprises (groupes et PME) restent au cœur du dispositif.

La raison d’être de l’IE en 2014

Dans le Marketing et la publicité, nous sommes depuis plusieurs années dans cette « ère Data » (RTB, retargeting, etc.) Une question se pose alors : la Data a-t-elle échappé à l’IE jusqu’à maintenant ? Qu’apporte véritablement l’expertise IE ?

Pour Alain Juillet, « l’IE est une vidéo. Le marketing reste une photo. L’IE est un système qui tourne en permanence (inspiré du monde militaire). L’IE est planétaire, le Marketing quant à lui s’intéresse à un segment ou à un marché. L’IE n’est pas qu’un marketing approfondi, c’est un système de production de données qui irrigue tous les segments, et ceci en temps réel. »

Malgré l’indéniable utilité de l’IE, trois « problématiques » mises en exergue par Alain Juillet empêchent de rêver à un ciel sans nuages.

L’IE en France : ce qu’il reste à faire ou à (re) travailler.

Le manque d’Intelligence collective, des formations trop nombreuses et souvent moyennes, la sécurité des données, voici les problématiques auxquelles l’IE doit faire face.

« L’Intelligence collective marche de moins en moins. Ceux qui ont avancé efficacement sur les pratiques d’IE veulent garder leur secret. Nous sommes un peu dans un « village d’Astérix » : tout le monde fonce mais chacun dans son coin. Les américains par exemple travaillent plus en groupe » explique l’ancien Haut Responsable pour l’Intelligence Économique.

Côté formations, ces dernières sont de plus en plus nombreuses … «  Il n’y a pas assez de débouchés et ce ne sont pas forcément les meilleurs qui sont recrutés. Il y a un excédent de formations  par rapport au besoin du marché » souligne Alain Juillet. « Les candidats ayant un double diplôme sont avantagés», notamment pour se réorienter car, pour faire de l’IE le métier de toute une vie, « il faut être passionné. La veille [par exemple] peut lasser rapidement

Troisième problématique mise en exergue, celle de la Data Privacy. « Pour avoir des informations, nous sommes obligés d’en donner en échange. Dans un futur proche, la protection des données personnelles sera « un des problèmes majeurs pour l’IE ». « Il faut définir des limites, la clé est encore inexistante dans ce domaine » conclura l’interviewé.