l’IE chinoise

Propos de M. Philippe CLERC (Senior Advisor in Global Competitvie Intelligence à la CCI France) recueillis lors du colloque Intelligence économique et propriété intellectuelle (France/Chine) février 2011

La Chine est en tout domaine, un sujet de grand intérêt. Les économistes, notamment du développement ont caractérisé le modèle asiatique, dont le Japon, Taïwan et la Corée sont les emblèmes. Ils se sont appuyés pour cela sur des stratégies particulières basées sur “l’endogénéisation”, l’imitation et l’intégration de savoir-faire enrichis par l’achat de technologies. La Chine s’en inspire tout en conservant les spécificités du communisme “sinisé”: maintien du pouvoir communiste centralisé, stratégies d’ouverture et d’hégémonie commerciale reposant sur une politique d’industrialisation avec montée en gamme et production à valeur ajoutée, participation de capitaux étrangers. Le paysage industriel chinois se transforme, sous l’impulsion de plusieurs facteurs qui au final ouvrent à la confrontation concurrentielle et donc à l’apprentissage stratégique des techniques et des manœuvres que celle-ci englobe.

 Le pouvoir central chinois accepte progressivement “la dégradation” du statut de la propriété socialiste, ce qui aboutit à créer un “enchevêtrement” de différents types d’entreprises (entreprises d’Etat, entreprises collectives, entreprises de Districts et de Village, entreprises individuelles, entreprises conjointes) et à libérer les énergies pour dégager des marges de croissance.

Les entreprises dites concurrentielles font l’apprentissage de stratégies plus offensives, entre elles, mais aussi en se confrontant aux entreprises étrangères présentes sur le marché domestique.

 A l’international, les multinationales chinoises développent des stratégies agressives d’acquisition. En novembre 2003, le chinois TLC Corp. Rachète les téléviseurs Thomson pour créer le premier producteur mondial (12 % du marché). En 2004 et 2005, deux opérations défrayent la chronique et leurs offensives raisonnent comme deux atteintes à la sécurité économique américaine : le Chinois LENOVO rachète la division PC d’IBM et CNOOC cherche à s’emparer du producteur de pétrole américain UNOCAL. L’Amérique croit revivre le traumatisme causé par les offensives japonaises des années 1980.

Avec l’ouverture interne et externe (l’entrée de la Chine dans l’OMC), les entreprises chinoises apprennent donc rapidement à manœuvrer sur de nouveaux échiquiers concurrentiels. L’entreprenariat et le goût du risque se développent, libérant de nouvelles forces productives qui viennent bousculer les avantages concurrentiels d’économies développées, mais aussi émergentes. Ainsi, une rupture essentielle se produit en Chine : l’innovation devient la stratégie maîtresse de la politique industrielle nationale. Aujourd’hui dans le nouveau modèle de développement dont le pays se dote, les bourgs deviennent des plateformes d’innovation, de véritables clusters dont les nouveaux centres techniques forment le coeur. Cette orientation est corroborée par le professeur Qiao Miaho qui présente le développement du “competitive technological intelligence” comme corollaire du modèle de développement voulu par la Chine, c’est à dire tiré par l’innovation et la créativité. Pour mettre un terme à l’image “d’éternels imitateurs”.

Cet ensemble de dynamiques permet de mettre en perspective la montée en puissance des pratiques de l’intelligence économique. Celles-ci deviennent un facteur non négligeable d’efficacité stratégique, mieux d’innovation stratégique qui déploie dans les entreprises. Comment s’orientent aujourd’hui les capacités nationales d’intelligence économique en Chine?

 Notre point de vue, partagé avec d’autres est que l’intelligence économique dans chaque pays se nourrit d’une culture stratégique spécifique (latine, chinoise, asiatique, anglo-saxonne). Celle-ci fonde des comportements et des savoir-faire concurrentiels ou coopératifs spécifiques. La façon d’être au monde et de se le représenter produit des conséquences sur le comportement et l’invention stratégique : volonté de puissance, influence, relation du faible au fort, stratagèmes…

 Ces fondamentaux se retrouvent dans “les écoles” d’intelligence économique : américaine, suédoise, française, anglaise. Existe-t-il une école chinoise ? Certainement. Nous formulons l’hypothèse qu’elle se renforce actuellement pour former un “mix stratégique”, redoutable arme d’appui à la conquête des marchés. De quoi s’agit-il ? Du croisement des cultures stratégiques et des pratiques d’intelligence économique, phénomène amplifié par la mondialisation.

Comment se traduit-il ? Dans une savante conjugaison de la pensée stratégique traditionnelle chinoise et des méthodologies de l’école américaine de l’intelligence concurrentielle ou du business intelligence, de la pensée de Sunzi et des matrices de Porter ou de D’Aveni. Le croisement n’est pas nouveau. Fumio Hasegawa, stratège industriel japonais en fait la démonstration à travers un ouvrage dans lequel il relate des stratégies couplant la pensée de Sun Zi et l’intelligence économique et concurrentielle. En 1992, Jan P. Herring, figure de l’intelligence concurrentielle aux Etats-Unis, rédige un article sur le rôle du renseignement économique dans la formulation de la stratégie dans lequel il révèle l’ouvrage d’Hasegawa et pointe l’efficacité de ce “mix stratégique”. Mais, ce qui est nouveau, c’est ici que le levier est mobilisé par les Chinois.

 

 

 

Une réflexion sur “l’IE chinoise

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