Les pépites françaises de l’écosystème Data (1) : Saagie

imagesIntelligences Economiques vous propose de faire un petit tour de France des pépites montantes de l’écosystème Data.#yapasquepalantir #soyonschauvins

Aujourd’hui découvrons Saagie –  plateforme Big Data clé en main de référence.

Crée en 2013, installée à Rouen et Paris, Saagie accompagne les entreprises dans leur transition numérique en les libérant des barrières technologiques liées au Big Data. Ceci grâce à une plateforme de bout en bout, prête à l’emploi et orientée métier qui leur permet d’exploiter pleinement les données à leur disposition et, d’en faire des leviers de croissance pour leurs activités.
Ambassadeur de la Normandy French Tech, intégrant à son capital Xavier Niel (Kima Ventures) et Normandie Capital Investment, Saagie vient d’intégrer le Hub BPI France pour devenir le fer de lance de la French Tech à l’étranger. La société est également soutenue par de grands groupes comme Microsoft, la BNP, Bouygues, etc. Elle a annoncé sa seconde levée de fonds en novembre 2016.saagie-1

Lorsque Saagie est née en 2013, conseiller les entreprises sur leur stratégie BI (Business Intelligence) et les aider à mettre en place leurs projets Big Data était le quotidien de Créative Data (premier nom de la société). Au fil de ses expériences, l’équipe Saagie s’est rendue compte que les entreprises étaient demandeuses d’infrastructures et d’outils, leur permettant de mettre en œuvre de manière concrète et matérielle, leurs projets. L’idée d’étendre l’offre services aux produits et de devenir éditeur de sa propre solution est donc apparue comme une évidence pour l’équipe dirigeante et son fondateur Arnaud Muller. C’est ainsi que fin 2015, était lancée la plateforme Saagie.

Saagie se positionne sur le marché du Big Data / machine learning / intelligence artificielle. Grâce à son concept “Data Technology as a Service”, la plateforme « prête-à-l’emploi » de Saagie permet d’accélérer et de sécuriser les projets data de bout en bout (de l’extraction jusqu’à la visualisation) et de manière transversale (pour toutes les parties prenantes).

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Son objectif est de faire du prédictif, de passer moins de temps sur l’analyse du passé pouranticiper le futur : maintenance prédictive, détection de churn, prévision des ventes, marketing prédictif, détection des moments de vie….  C’est une plateforme qui rassemble end-to-end toutes les briques qui permettent de mener un projet big data, de la constitution d’un datalake au développement des smart applications qui vont leverager des algorithmes de machine learning.

L’équipe Saagie regroupe une vingtaine de collaborateurs et rassemble des data scientists, développeurs, architectes Data, spécialistes infra et experts métier pour répondre aux enjeux d’un projet big data. Suite à sa récente levée de fonds, la startup augmente ses effectifs techniques et marketing/sales.

Elle rêve également d’Amérique …

Rencontre avec un Chief Data Scientist

298037cDès 2014 Intelligences Economiques s’était plongé dans la révolution Big Data. Nous avons retrouvé Khalid Mehl et, nous lui avons proposé de faire un nouvel « état des lieux » sur ce phénomène.

Il y a deux années, vous avez pu intervenir sur ce blog. Vous étiez alors en poste dans le cabinet de conseil 55. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Je suis actuellement chez Mediabong en tant que Chief Data Scientist, une startup Internationale spécialisée dans la publicité vidéo. La particularité de Mediabong est de proposer un modèle économique basé sur la performance : L’annonceur ne paye que pour les internautes qui ont accordé suffisamment d’attention à leurs vidéos publicitaires.

Ce choix stratégique nous pousse à optimiser nos solutions de diffusion pour ne cibler que les utilisateurs qui seraient potentiellement intéressés par une campagne publicitaire. Pour y parvenir, nous collectons des millions d’événements par heure dans nos bases de données non relationnelles du type Cassandra ou ElasticSearch. Mon équipe de Data-scientists analyse ces données et développe des algorithmes d’apprentissage pour prédire l’intérêt que peut représenter une vidéo publicitaire à un internaute. Le volume de données est tel qu’il faut sans cesse travailler sur l’optimisation de nos scripts et sur le dimensionnement de notre infrastructure.

Votre travail et, plus globalement, celui du Data Scientist a-t-il évolué en deux ans ?

Les Data-scientists ont vu certains languages et outils s’imposer tels que Python, Spark, Jupyter, Scikit-learn et Pandas. Leurs points communs, c’est qu’ils offrent à la fois la souplesse indispensable pour l’exploration et la fiabilité nécessaire pour la mise en production.

Je crois que la vraie révolution n’est pas du côté outil, mais dans les organisations. Le CDS (Chief Data Scientist) est désormais considéré au même titre que le CTO et il a gagné en autonomie et en liberté. Grâce à cet équilibre, les CDSs et CTOs ont apporté davantage d’agilité aux processus de mise en production, ce qui offre aux Data-Scientists la possibilité d’affiner leurs modèles plus rapidement en faisant plus d’itérations. Une autre tendance que j’ai remarqué, c’est qu’il y a de plus en plus de Data-scientists qui se spécialisent par discipline (Vision, Traitement du Language,…) ou par secteur (Médical, Bancaire, Publicitaire,…), l’idée étant d’apporter des solutions de plus en plus précises.

Selon vous, la France est-elle si dépassée qu’on le dit sur sa compréhension et son adaptation aux enjeux du Big Data ?

Je ne pense pas qu’on soit dépassé, surtout en ce qui concerne les startups qui ont mis le Big-data au cœur de leurs stratégies et ont investi sur les bons profils. En France, on a la chance d’avoir un système éducatif capable de produire des Data-scientists d’un bon niveau, et c’est pour ça que des géants tel que Google ou Facebook sont venus ouvrir leurs R&D en région parisienne. Il y a peut-être plus de retard du côté des grandes entreprises, car souvent l’intégration du Big-data et de la Data-science se fait plus difficilement du fait qu’ils remettent en causes les frontières entre les différents pôles et services.

 

Lobbyist à Bruxelles : réalités et fantasmes

Après l’Afrique, Intelligences Economiques poursuit son tour du monde et, est allé à la rencontre de Stéphane de Maupeou « Manager in European Affairs » pour la Fédération Française de l’Assurance. Cet interview est l’occasion d’échanger sur les pratiques du lobbying à Bruxelles, parler actualité et parcours professionnel.aaeaaqaaaaaaaadnaaaajdy2zdvly2qylwq1n2etndblny04y2jjlwixmdvjmjk4mje2nq

En tant que  « Manager in European Affairs » pour la Fédération Française de l’Assurance, quelles sont vos principales responsabilités ? Peut-on vous considérer comme « lobbyist » ?

La FFA est une fédération, c’est-à-dire que c’est une organisation qui vise à fédérer un certain nombre d’entreprises, en l’occurrence les entreprises d’assurances et de réassurances ainsi que les branches françaises des sociétés étrangères. A ce titre, ma mission est de suivre, avec mes collègues, l’actualité européenne en lien avec le secteur de l’assurance pour le compte de nos membres. Plus précisément, nous suivons les travaux des différentes institutions (Parlement européen, Commission européenne, Conseil de l’UE) mais également des différents superviseurs européens : principalement l’EIOPA pour le secteur de l’assurance, mais également l’ESMA pour les marchés financiers, l’EBA pour les banques, le groupe de travail « Article 29 » et l’EDPS qui deviendra bientôt le European Data protection Board pour les questions relatives à la protection des données, ou encore l’ENISA pour les enjeux de cybersécurité). L’assurance est un vaste domaine qui touche de nombreux aspects de la vie quotidienne des individus et des entreprises et, de facto, fait émerger de nombreux enjeux, c’est pourquoi notre veille est assez large. Sur la base de cette veille, nous alertons nos experts et nos membres afin de trouver les réponses adaptées à chaque situation. Nous répondons également aux consultations qui sont lancées et participons aux événements et ateliers organisés par les divers institutions et organisations que j’ai cité.

Est-ce qu’on peut me considérer comme un « lobbyist » ? Bien sûr, « lobbyist », « représentant d’intérêt », « responsable en affaires européennes », « diplomates d’entreprise », etc. toutes ces expressions décrivent en fait la même réalité, ces termes existent surtout par pudeur, le terme de « lobbyist » pouvant apparaître parfois comme agressif à cause du fantasme qu’on s’en fait, largement issu d’une vision anglo-américaine. Mais à Bruxelles, les activités des lobbys sont très régulées, nous sommes enregistrés sur un registre de transparence dans lequel nous publions des informations sur nos activités, nous avons un badge d’accès au Parlement européen. C’est devenu une pratique courante, sinon nécessaire, à la construction des politiques publiques européennes. Le lobbyisme fait partie de la démocratie, qu’il soit exercé par une entreprise, une association, une ONG, un gouvernement ou autre. Au-delà des intérêts qui peuvent parfois s’opposer, peu importe les raisons sur lesquelles sont basées ces oppositions, l’immense partie de notre travail est d’apporter aux décideurs publics l’expertise nécessaire pour qu’il puisse décider en connaissance de cause, il y a une grande part de pédagogie en fait. Après, il existe bien sûr différentes pratiques de lobbying qui diffèrent en fonction de l’organisation pour laquelle vous travailler, on a rarement vu les assureurs descendre dans la rue pour brandir des pancartes en guise de protestation.

lobbying_shutterstockQu’est qui a motivé cette orientation professionnelle ? Avez vous des conseils spécifiques pour des personnes désirant s’orienter vers une carrière dans les « métiers d’influence » ?

C’est un métier assez polyvalent qui recoupe différents aspects. Vous êtes à la fois avocat, à la fois diplomate. C’est un métier qui est à la frontière entre deux mondes, celui de l’entreprise et celui de la politique. J’ai toujours voulu faire ce métier pour cette dimension transversal qui en fait un métier dynamique dans lequel il y a peu de routine car il y a toujours de nouveaux challenges.

Les « métiers d’influence », comme vous dites, sont des métiers assez particuliers du fait qu’ils demandent à mobiliser un important réseau qui doit donc être construit et constamment entretenu, c’est ce réseau qui vous permettra d’être informé le plus rapidement et augmentera la fiabilité de vos informations, à cet égard, la frontière entre la vie professionnelle et personnelle est très poreuse. Partant, si l’on n’aime pas le contact avec les autres ou si l’on manque de curiosité il paraît difficile de s’orienter vers de tels métiers qui requièrent aussi un savoir-être.

Si je devais donner un conseil à quelqu’un qui veut s’orienter vers ce type de carrière, ça serait dans tous les cas d’essayer et de ne pas se poser de limite. Je ne dis pas qu’il faut aller dans la démesure, mais c’est un métier où il n’y a pas de profil-type d’un point de vue formation. Certes il y a beaucoup de juristes et de politistes car il faut savoir lire un texte de loi et savoir décrypter le politique, mais ce n’est pas obligatoire. J’ai fait passer de nombreux entretiens de recrutement et ce que je peux dire – mais c’est peut-être là une vision très personnelle – c’est que ce qui importe énormément c’est le feeling que vous allez avoir avec la personne. Il faut savoir bien parler afin de se faire comprendre, maîtriser son stress dans des situations où on pourrait être déstabilisé, savoir exprimer une opinion sans pour autant paraître arrogant, etc.

Enfin, il faut trouver un équilibre : le but d’un tel métier n’est pas d’être sur le devant de la scène, mais dans les coulisses ; mais il ne s’agit pas non plus de rester toute la journée derrière votre écran d’ordinateur sinon ça ne sert à rien.

L’actualité européenne est intense. Selon vous le Brexit aura t il un impact sur le fonctionnement des organisations et des institutions européennes ? Et sur votre métier ?

A ce stade le Brexit ne se ressent pas encore pleinement. Des commissions d’études ont été créées, des personnes clés ont été nommées pour mener les négociations, mais le Royaume-Uni n’a pas encore déclencher l’article 50 qui enclenchera officiellement sa sortie de l’UE, il devrait le faire début 2017 normalement. Le sujet est délicat, il faut savoir que cette procédure n’a jamais été utilisée jusqu’à présent et qu’il est par conséquent difficile d’anticiper les conséquences de quelque chose qui ne s’est encore jamais produit. Cependant, il est vrai que cela pose clairement la question du devenir des fonctionnaires britanniques au sein des institutions européennes, comme celle des 72 eurodéputés britanniques au Parlement européen.

Néanmoins, en l’absence du Royaume-Uni dans l’UE, les cartes du jeu de l’influence à Bruxelles vont être rebattues et on peut parier que le marché va se réduire pour les ressortissants britanniques dont « l’utilité », en termes d’influence, va s’amoindrir. Il sera ainsi préférable d’embaucher un ressortissant français, allemand, italien, espagnol ou polonais, puisque ce seront désormais ces Etats qui pèseront dans le débat et donc ces réseaux d’influence qu’il faudra tisser. Ensuite, sur la base de ce qui aura été négocié entre le UK et l’UE, il est fort probable que de nombreuses organisations britanniques fassent le choix de diminuer leur présence à Bruxelles, voire de ne plus y être présentes du tout, et cela risque d’avoir un impact sur le budget, voire sur les ressources humaines, de certaines organisations européennes qui avaient dans leurs rangs des membres britanniques. Affaire à suivre…

 

Les nouveaux défis du Renseignement français

renseignement_securiteOutre la montée des menaces liées au terrorisme, aux populismes, la commission de la défense nationale et des forces armées (10 mai 2016) met en exergue quelques éléments intéressants sur les capacités et les nouveaux défis du renseignement en France. Sujets qui nous intéressent particulièrement dans le cadre de ce blog. Nous nous pencherons ainsi sur les systèmes de coopération entre services, et analyserons le « double défi technologique » auquel les services de Renseignement français doivent faire France. N’étant pas expert du Renseignement et, m’appuyant sur les éléments de la commission, je laisse soin aux spécialistes de compléter cette synthèse par leurs analyses.

Les systèmes de coopération au niveau international et national.

Sur le plan international, la coopération entre services de renseignement est forte mais pas optimale. La France s’appuie majoritairement sur les américains, les plus gros pourvoyeurs de renseignement au monde. Une collaboration efficace est également opérée avec les services russes. Néanmoins, nous manquons encore de renseignements directs en provenance de la Syrie, de l’Irak et de la Lybie. « Aujourd’hui, on est aveugles, on n’a plus rien qui vienne de ces trois pays » soulignait en 2015 Alain Chouet, ancien Haut Responsable de l’espionnage français (source Mediapart).

En ce qui concerne l’Europe, le problème est l’absence de consensus. M. Patrick Calvar, directeur général de la sécurité intérieure donne notamment l’exemple du PNR. Les différents pays « ne parlent pas le même langage et sont donc incapables d’harmoniser leurs législations ».

Il reste également une marge d’optimisation sur la complémentarité entre la DGSI et la DGSE. L’un étant par nature défensif*, l’autre offensif, les deux institutions ont des objectifs qui différent mais certaines données, outils peuvent être davantage mutualisés (concernant les solutions Big Data par exemple). Autre problématique soulignée, le renseignement informatique reste encore cloisonné entre le civil et le militaire.

L’optimisation de la coopération entre les services aux échelles nationale, européenne et internationale est nécessaire car les menaces prennent leurs sources souvent en dehors de nos frontières.

En révolution permanente, les services de Renseignement sont  également confrontés à  un défi technologique. Défi illustré par deux sujets majeurs : le problème du chiffrement, et la relative faiblesse technique des solutions françaises de Big Data.

Le défi du « recueil de l’information » : le problème du chiffrement

Aujourd’hui nous nous heurtons à un problème bien connu et qui va grandissant : celui du chiffrement.

En matière de lutte contre le terrorisme, les services de renseignement français se sont rendus compte que « les structures étaient très organisées, très hiérarchisées, militarisées, composées d’individus communiquant avec leur centre de commandement ». Cette communication est permanente et aucune interception n’a été réalisée ; or, précise le directeur général de la DGSI, « même une interception n’aurait pas permis de mettre au jour les projets envisagés puisque les communications étaient chiffrées sans que personne ne soit capable de casser le chiffrement. » Le conflit ayant opposé Apple et le Federal Bureau of Investigation (FBI) en est l’illustration concrète ; c’est un problème majeur qui dépasse largement le cadre des frontières nationales. Demain, les iPhones auront un chiffrement aléatoire. Pour M. Patrick Calvar, la seule façon de résoudre ce problème est de contraindre les opérateurs.

Le défi du « traitement de l’information » : l’enjeu du Big Data.

Nous ne manquons pas de données, mais il manque aujourd’hui des systèmes pour les analyser. Le problème n’est donc pas tant dans le recueil mais également dans le traitement et l’analyse de ces métadonnées. Le déploiement est progressif, beaucoup plus lent qu’en Israël ou aux Etats-Unis. Nos voisins européens sont dans une situation similaire.

Concrètement, les entreprises françaises qui développent des systèmes, des outils de big data ne sont pas encore capables de répondre aux besoins des services de Renseignement, alors que l’enjeu est immédiat. « Nous devons acquérir ce big data immédiatement » insiste le directeur général de la DGSI. Les ingénieurs de la DGSE travaillent actuellement sur ce sujet mais, la prochaine solution ne pourra être que temporaire.

Autre problématique, dans 4 ou 5 années, les technologies inscrites dans la loi seront obsolètes. Pour M. Patrick Calvar, « ce problème résulte du fossé qui se creuse entre, d’une part, les élites politiques et administratives et, d’autre part, les élites scientifiques ». Les experts de la DGSI ont ainsi découvert avec stupéfaction l’existence de nouveaux outils grâce aux révélations de M. Snowden !

Le recrutement externe est une des réponses envisagées par ces institutions en vue de faire face à l’évolution des menaces et répondre à ce défi technologique. Concernant, l’effectif de la DGSI, ce dernier continuera à augmenter dans les prochaines années pour atteindre 4400 personnes en 2018. A noter, les trois quarts de ses capacités sont toujours affectés à la lutte antiterroriste. Restent donc à combler les équipes en charge des missions de contre-espionnage, de contre-prolifération, de défense des intérêts économiques et de cyberdéfense. Le recrutement et l’acculturation de ces nouveaux profils pour le Renseignement demeure un enjeu complexe.

*cf. article de février 2015 sur ce blog

Lutte contre le terrorisme : Justice et Renseignement toujours pas au niveau ?

indexIntelligences Économiques relèvent quelques points soulevés par le Compte rendu du comité de suivi du Sénat du 9 décembre 2015 concernant l’Etat d’urgence. Compte rendu qui pointe certaines fragilités / points d’optimisation de nos services de renseignement, de la justice antiterroriste et de nos procédures…

La commission entend tout d’abord M. François Molins, procureur de la République auprès du tribunal de grande instance de Paris et Mme Camille Hennetier, vice-procureur au parquet antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris.

Propos tenus par M. François Molins :

« Certains services de renseignement, sous le contrôle du juge administratif, peuvent être amenés à décliner des outils et instruments dont le parquet – sous le contrôle du juge judiciaire – ne dispose pas. Il y a là un problème de cohérence. »

« La législation française ne définit pas assez précisément la notion d’opérateur téléphonique. Notre approche devrait être plus mondialisée, sachant que la plupart de ces sociétés ont leur siège aux États-Unis. L’article qui impose aux opérateurs de fournir les clés de chiffrement n’est pas applicable, car, ayant érigé la protection de la vie privée en principe absolu, ils garantissent ne pas pouvoir eux-mêmes entrer dans les téléphones de leurs usagers…« 

« Les évènements de janvier puis du 13 novembre ont mis en lumière la souplesse, la réactivité du parquet. Là où juges d’instruction ont l’habitude de travailler en cabinet, de façon plus isolée, les procureurs sont habitués au travail d’équipe et aux contraintes de permanence. »

« S’agissant du droit pénal de fond, je soutiens une répression accrue de l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste (AMT), délit qui peut être requalifié en crime dans certains cas, mais reste sinon plafonné à dix ans d’emprisonnement. Les personnes visées sont majoritairement en Syrie, or il est difficile d’apporter la preuve des exactions commises sur zone qui permettraient de basculer sur une infraction criminelle.« 

« Il faudrait accorder au parquet ce qui a été accordé au renseignement, comme la possibilité d’utiliser les IMSI-catcher et de sonoriser certains lieux, cette dernière pratique n’étant possible qu’à l’instruction. »

« Personne n’a pu empêcher les attentats de novembre. Quelle que soit la valeur des services, leur action trouve ses limites lorsque les intéressés ne sont pas sur notre territoire. Cela appelle sans doute une réflexion sur le partage du renseignement entre États, qui est trop souvent fonction de la qualité des relations diplomatiques. »

« Les mineurs sont nombreux dans les organisations terroristes, qu’ils aient accompagné leurs parents ou soient partis de leur propre chef. […] la loi ne prévoit rien pour les mineurs, pour lesquels la durée de droit commun s’applique. Il faudrait adapter cette situation, qui bénéficie à ces jeunes partis à 17 ans pour la Syrie… »

« La question de la preuve électronique est un défi pour les services de renseignement comme pour la justice. En l’état, ils sont aveugles, soit à cause du cryptage, soit parce que, à l’instar des frères Kouachi, les terroristes utilisent des méthodes de communication anciennes et indétectables. »

« L’impératif est de sécuriser l’utilisation de certaines techniques. Le régime de perquisition fragilise l’exploitation de supports informatiques. […] Bref, nous avons trois trains de retard…« 

« Il est aberrant que la libération conditionnelle soit automatique à mi-peine, ce qui est le cas en pratique, s’agissant de gens qui pratiquent la taqîya, la théorie de la dissimulation, et savent se présenter sous un jour très favorable au JAP ou aux travailleurs sociaux. »

« Notre justice antiterroriste fait preuve d’une réelle efficacité, une fois que les crimes ont été commis et les coupables connus. On souhaiterait qu’elle puisse intervenir avant « 

« Des progrès sont à faire au niveau européen pour croiser les systèmes, d’autant qu’il y a des zones de porosité. Je pense à la Belgique qui compte, rapporté à sa population, un nombre de djihadistes plus important que la France. Il nous faut mieux suivre les migrations, les voyages en avion, avec le PNR, l’objectif étant de prévenir. C’est l’avantage de l’AMT, qui nous donne les moyens d’intervenir en amont. »

« Certains avaient qualifié Merah de « loup solitaire ». Je n’utilise plus ce terme. Nous sommes face à une forme de terrorisme low cost. Les terroristes agissent soit sur la base d’instructions précises de Syrie. »

Loi-sur-l-etat-d-urgence-quelles-consequences-sur-le-numerique_article_popinPropos tenus par Mme Laurence Le Vert :

« Nos cabinets sont absorbés par des contentieux que l’on pourrait réduire, à commencer par celui de la détention. Certaines personnes mises en examen forment une demande de mise en liberté tous les jours.« 

« L’évolution des technologies pose problème. Pour les djihadistes, c’est une arme de guerre. Pour nous, c’est un risque de destruction de nos procédures. […] le code de procédure pénale a été conçu à une époque où les usages des technologies de l’information étaient inexistants, alors qu’ils sont aujourd’hui massifs.  »

« Aucun accord international n’autorise la saisie extra-territoriale de données. Cela nécessite une demande d’entraide pénale, qui nous placerait dans des délais inconciliables avec l’enquête. »

« Quant aux questions techniques, nous en avons longuement parlé avec la DGSI. Tout ce que nous intégrons à nos dossiers est porté à la connaissance du public, et notamment de ceux qui combattent contre nous. »

A M. Jacques Mézard (commission) de relativiser à sa manière :

« Les vrais problèmes sont l’application et l’exécution des peines, les relations entre services de renseignement et magistrats, entre parquet et instruction – bref, rien de nouveau !«