Les nouveaux défis du Renseignement français

renseignement_securiteOutre la montée des menaces liées au terrorisme, aux populismes, la commission de la défense nationale et des forces armées (10 mai 2016) met en exergue quelques éléments intéressants sur les capacités et les nouveaux défis du renseignement en France. Sujets qui nous intéressent particulièrement dans le cadre de ce blog. Nous nous pencherons ainsi sur les systèmes de coopération entre services, et analyserons le « double défi technologique » auquel les services de Renseignement français doivent faire France. N’étant pas expert du Renseignement et, m’appuyant sur les éléments de la commission, je laisse soin aux spécialistes de compléter cette synthèse par leurs analyses.

Les systèmes de coopération au niveau international et national.

Sur le plan international, la coopération entre services de renseignement est forte mais pas optimale. La France s’appuie majoritairement sur les américains, les plus gros pourvoyeurs de renseignement au monde. Une collaboration efficace est également opérée avec les services russes. Néanmoins, nous manquons encore de renseignements directs en provenance de la Syrie, de l’Irak et de la Lybie. « Aujourd’hui, on est aveugles, on n’a plus rien qui vienne de ces trois pays » soulignait en 2015 Alain Chouet, ancien Haut Responsable de l’espionnage français (source Mediapart).

En ce qui concerne l’Europe, le problème est l’absence de consensus. M. Patrick Calvar, directeur général de la sécurité intérieure donne notamment l’exemple du PNR. Les différents pays « ne parlent pas le même langage et sont donc incapables d’harmoniser leurs législations ».

Il reste également une marge d’optimisation sur la complémentarité entre la DGSI et la DGSE. L’un étant par nature défensif*, l’autre offensif, les deux institutions ont des objectifs qui différent mais certaines données, outils peuvent être davantage mutualisés (concernant les solutions Big Data par exemple). Autre problématique soulignée, le renseignement informatique reste encore cloisonné entre le civil et le militaire.

L’optimisation de la coopération entre les services aux échelles nationale, européenne et internationale est nécessaire car les menaces prennent leurs sources souvent en dehors de nos frontières.

En révolution permanente, les services de Renseignement sont  également confrontés à  un défi technologique. Défi illustré par deux sujets majeurs : le problème du chiffrement, et la relative faiblesse technique des solutions françaises de Big Data.

Le défi du « recueil de l’information » : le problème du chiffrement

Aujourd’hui nous nous heurtons à un problème bien connu et qui va grandissant : celui du chiffrement.

En matière de lutte contre le terrorisme, les services de renseignement français se sont rendus compte que « les structures étaient très organisées, très hiérarchisées, militarisées, composées d’individus communiquant avec leur centre de commandement ». Cette communication est permanente et aucune interception n’a été réalisée ; or, précise le directeur général de la DGSI, « même une interception n’aurait pas permis de mettre au jour les projets envisagés puisque les communications étaient chiffrées sans que personne ne soit capable de casser le chiffrement. » Le conflit ayant opposé Apple et le Federal Bureau of Investigation (FBI) en est l’illustration concrète ; c’est un problème majeur qui dépasse largement le cadre des frontières nationales. Demain, les iPhones auront un chiffrement aléatoire. Pour M. Patrick Calvar, la seule façon de résoudre ce problème est de contraindre les opérateurs.

Le défi du « traitement de l’information » : l’enjeu du Big Data.

Nous ne manquons pas de données, mais il manque aujourd’hui des systèmes pour les analyser. Le problème n’est donc pas tant dans le recueil mais également dans le traitement et l’analyse de ces métadonnées. Le déploiement est progressif, beaucoup plus lent qu’en Israël ou aux Etats-Unis. Nos voisins européens sont dans une situation similaire.

Concrètement, les entreprises françaises qui développent des systèmes, des outils de big data ne sont pas encore capables de répondre aux besoins des services de Renseignement, alors que l’enjeu est immédiat. « Nous devons acquérir ce big data immédiatement » insiste le directeur général de la DGSI. Les ingénieurs de la DGSE travaillent actuellement sur ce sujet mais, la prochaine solution ne pourra être que temporaire.

Autre problématique, dans 4 ou 5 années, les technologies inscrites dans la loi seront obsolètes. Pour M. Patrick Calvar, « ce problème résulte du fossé qui se creuse entre, d’une part, les élites politiques et administratives et, d’autre part, les élites scientifiques ». Les experts de la DGSI ont ainsi découvert avec stupéfaction l’existence de nouveaux outils grâce aux révélations de M. Snowden !

Le recrutement externe est une des réponses envisagées par ces institutions en vue de faire face à l’évolution des menaces et répondre à ce défi technologique. Concernant, l’effectif de la DGSI, ce dernier continuera à augmenter dans les prochaines années pour atteindre 4400 personnes en 2018. A noter, les trois quarts de ses capacités sont toujours affectés à la lutte antiterroriste. Restent donc à combler les équipes en charge des missions de contre-espionnage, de contre-prolifération, de défense des intérêts économiques et de cyberdéfense. Le recrutement et l’acculturation de ces nouveaux profils pour le Renseignement demeure un enjeu complexe.

*cf. article de février 2015 sur ce blog

Publicités

Lutte contre le terrorisme : Justice et Renseignement toujours pas au niveau ?

indexIntelligences Économiques relèvent quelques points soulevés par le Compte rendu du comité de suivi du Sénat du 9 décembre 2015 concernant l’Etat d’urgence. Compte rendu qui pointe certaines fragilités / points d’optimisation de nos services de renseignement, de la justice antiterroriste et de nos procédures…

La commission entend tout d’abord M. François Molins, procureur de la République auprès du tribunal de grande instance de Paris et Mme Camille Hennetier, vice-procureur au parquet antiterroriste du tribunal de grande instance de Paris.

Propos tenus par M. François Molins :

« Certains services de renseignement, sous le contrôle du juge administratif, peuvent être amenés à décliner des outils et instruments dont le parquet – sous le contrôle du juge judiciaire – ne dispose pas. Il y a là un problème de cohérence. »

« La législation française ne définit pas assez précisément la notion d’opérateur téléphonique. Notre approche devrait être plus mondialisée, sachant que la plupart de ces sociétés ont leur siège aux États-Unis. L’article qui impose aux opérateurs de fournir les clés de chiffrement n’est pas applicable, car, ayant érigé la protection de la vie privée en principe absolu, ils garantissent ne pas pouvoir eux-mêmes entrer dans les téléphones de leurs usagers…« 

« Les évènements de janvier puis du 13 novembre ont mis en lumière la souplesse, la réactivité du parquet. Là où juges d’instruction ont l’habitude de travailler en cabinet, de façon plus isolée, les procureurs sont habitués au travail d’équipe et aux contraintes de permanence. »

« S’agissant du droit pénal de fond, je soutiens une répression accrue de l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste (AMT), délit qui peut être requalifié en crime dans certains cas, mais reste sinon plafonné à dix ans d’emprisonnement. Les personnes visées sont majoritairement en Syrie, or il est difficile d’apporter la preuve des exactions commises sur zone qui permettraient de basculer sur une infraction criminelle.« 

« Il faudrait accorder au parquet ce qui a été accordé au renseignement, comme la possibilité d’utiliser les IMSI-catcher et de sonoriser certains lieux, cette dernière pratique n’étant possible qu’à l’instruction. »

« Personne n’a pu empêcher les attentats de novembre. Quelle que soit la valeur des services, leur action trouve ses limites lorsque les intéressés ne sont pas sur notre territoire. Cela appelle sans doute une réflexion sur le partage du renseignement entre États, qui est trop souvent fonction de la qualité des relations diplomatiques. »

« Les mineurs sont nombreux dans les organisations terroristes, qu’ils aient accompagné leurs parents ou soient partis de leur propre chef. […] la loi ne prévoit rien pour les mineurs, pour lesquels la durée de droit commun s’applique. Il faudrait adapter cette situation, qui bénéficie à ces jeunes partis à 17 ans pour la Syrie… »

« La question de la preuve électronique est un défi pour les services de renseignement comme pour la justice. En l’état, ils sont aveugles, soit à cause du cryptage, soit parce que, à l’instar des frères Kouachi, les terroristes utilisent des méthodes de communication anciennes et indétectables. »

« L’impératif est de sécuriser l’utilisation de certaines techniques. Le régime de perquisition fragilise l’exploitation de supports informatiques. […] Bref, nous avons trois trains de retard…« 

« Il est aberrant que la libération conditionnelle soit automatique à mi-peine, ce qui est le cas en pratique, s’agissant de gens qui pratiquent la taqîya, la théorie de la dissimulation, et savent se présenter sous un jour très favorable au JAP ou aux travailleurs sociaux. »

« Notre justice antiterroriste fait preuve d’une réelle efficacité, une fois que les crimes ont été commis et les coupables connus. On souhaiterait qu’elle puisse intervenir avant « 

« Des progrès sont à faire au niveau européen pour croiser les systèmes, d’autant qu’il y a des zones de porosité. Je pense à la Belgique qui compte, rapporté à sa population, un nombre de djihadistes plus important que la France. Il nous faut mieux suivre les migrations, les voyages en avion, avec le PNR, l’objectif étant de prévenir. C’est l’avantage de l’AMT, qui nous donne les moyens d’intervenir en amont. »

« Certains avaient qualifié Merah de « loup solitaire ». Je n’utilise plus ce terme. Nous sommes face à une forme de terrorisme low cost. Les terroristes agissent soit sur la base d’instructions précises de Syrie. »

Loi-sur-l-etat-d-urgence-quelles-consequences-sur-le-numerique_article_popinPropos tenus par Mme Laurence Le Vert :

« Nos cabinets sont absorbés par des contentieux que l’on pourrait réduire, à commencer par celui de la détention. Certaines personnes mises en examen forment une demande de mise en liberté tous les jours.« 

« L’évolution des technologies pose problème. Pour les djihadistes, c’est une arme de guerre. Pour nous, c’est un risque de destruction de nos procédures. […] le code de procédure pénale a été conçu à une époque où les usages des technologies de l’information étaient inexistants, alors qu’ils sont aujourd’hui massifs.  »

« Aucun accord international n’autorise la saisie extra-territoriale de données. Cela nécessite une demande d’entraide pénale, qui nous placerait dans des délais inconciliables avec l’enquête. »

« Quant aux questions techniques, nous en avons longuement parlé avec la DGSI. Tout ce que nous intégrons à nos dossiers est porté à la connaissance du public, et notamment de ceux qui combattent contre nous. »

A M. Jacques Mézard (commission) de relativiser à sa manière :

« Les vrais problèmes sont l’application et l’exécution des peines, les relations entre services de renseignement et magistrats, entre parquet et instruction – bref, rien de nouveau !« 

L’information, une ressource stratégique

AAEAAQAAAAAAAAaEAAAAJDI5MDkwNjg0LTdlNDQtNGM2ZC05ZWYxLTI2NmIwOTI2MGNhOAEtudier l’impact de l’Intelligence économique dans l’industrie pharmaceutique a un double intérêt. Premièrement, analyser l’acculturation progressive d’une industrie traditionnelle aux outils de veille stratégique et, deuxièmement, évaluer l’intérêt de l’Intelligence Economique (IE) dans une industrie en pleine mutation (plus spécifiquement le cas de transformation digitale).

Pour creuser ce double sujet, Intelligences Economiques a interviewé Philippe Halbout, Directeur de Projet Intelligence Economique au sein de la Direction Stratégique de l’Information Médicale Monde de la société Servier*.

Genèse et vocation de la démarche d’IE chez Servier (focus veille stratégique)

La mise en place de la politique de veille stratégique et plus largement d’IE chez Servier a débuté il y a quinze ans. Largement renforcée durant les situations sensibles que le groupe a dû gérer, elle s’est élargie progressivement à tous les médicaments produits et les domaines thérapeutiques d’intérêt par le laboratoire.

Aujourd’hui, la démarche de veille stratégique est étroitement liée et intégrée au sein de la direction stratégique de l’information médicale monde. Direction renforcée en 2014 par notre interlocuteur, Philippe Halbout. Ce dernier apporte une expertise métier complémentaire en capitalisant sur une expérience et une compréhension globale des « différentes étapes de vie d’un médicament » (R&D, Marketing produit, projet scientifique & notoriété internationale). « l’IE étant un métier à part entière », ce dernier a complété son expérience par plusieurs formations à l’IHEDN**.

Pour Philippe Halbout, une démarche de veille stratégique doit se baser sur trois principes fondamentaux : « le partage, la transparence et le concept d’information utile».

  • Le Partage: « L’Information dans tous types d’entreprises est avant tout une ressource, une matière première. Tout comme pour l’eau ou l’électricité, cette ressource doit être partagée en fonction des besoins de tous les collaborateurs. De l’assistante au top-management. »
  • La Transparence: « Quelle que soit la tonalité des informations, celle-ci mérite d’être partagée avec les opérationnels en accord avec leur fonction et leur périmètre».
  • L’Information utile : sur le fond, il ne s’agit pas de donner toutes les informations à tous les collaborateurs, mais bel et bien de cibler les informations dont ils ont besoin d’un point de vue opérationnel, en fonction de leur métier.  » l’information utile » est celle qui – in fine – va impacter les décisions de son récipiendaire.

Dans une finalité d’optimisation de la veille stratégique chez Servier, une marque à part entière a été créée afin de renforcer l’identité de cette approche : SCAN (pour Servier Competitive ANalysis), à partir de laquelle sont déclinés différents livrables. A noter, les destinataires de ce service sont dans une démarche volontaire (choix de s’inscrire ou non). 1 collaborateur sur 8 a déjà adhéré à ce service (soit environ 2500 personnes).

Le département met ainsi à disposition de ses clients internes plusieurs « SCANs » :

  • Newsletter quotidienne, SCAN « Daily » a pour finalité d’informer au quotidien un large public sur 11 thématiques (10 domaines thérapeutiques et 1 analyse concurrentielle). Pour chaque thématique, 5 news au maximum, sont diffusées, accompagnées d’un court descriptif, de la source, du lien URL permettant d’approfondir le sujet.
  • Rapports mensuels sur la concurrence délivrant une information majoritairement orientée Business.
  • Rapports régionaux : information business, juridique, politique, sociale, scientifique, etc. sur une zone géographique donnée.

Si le département travaille habituellement avec des collaborations externes pour la remontée des informations, le responsable IE garde un rôle prépondérant dans la définition du périmètre, l’orientation stratégique et le paramétrage des outils de veille utilisés. Le chargé d’IE doit donc être à la fois proche des organes de décision afin d’être sensibilisé à la stratégie globale d’entreprise et être à l’écoute des équipes marketing et R&D afin de cibler les axes opérationnels majeurs concernant les différents produits. Il doit être également très réactif pour influer constamment sur les paramètres outils. « L’interaction avec les prestataires et les clients internes doit être quotidienne » précise notre interlocuteur. La valeur ajoutée d’une cellule de veille stratégique repose sur deux caractéristiques selon Philippe Halbout : la rapidité de traitement et la capacité d’analyse & de synthèse.

Outre la vocation informationnelle, l’Intelligence économique peut également jouer en parallèle un rôle majeur dans l’accompagnement au changement. L’industrie pharmaceutique est en effet sujette à une véritable transformation numérique qui impacte ses activités et ses organisations.transformation1

Le rôle d’une cellule d’IE dans l’accompagnement au changement (contexte de transformation digitale)

Pour Philippe Halbout, la situation est sans équivoque : « le monde pharmaceutique, la Santé, la prise en charge thérapeutique sont en pleine mutation. Qu’on le veuille ou non, c’est le sens de l’Histoire. Nos concurrents de demain ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Le Numérique jouera un rôle clé dans le domaine de la Santé, dans les pays industrialisés, mais également émergents (exemple des applications de prévention du paludisme en Afrique)». La révolution numérique apporte notamment un élément nouveau : la Data.

« La Data est absolument clé » argumente l’interviewé. « Les laboratoires ont une expertise sur la Santé (développement clinique, aspects réglementaires, connaissance du monde médical, etc.), tandis que des groupes comme Google / Apple ont la puissance pour le traitement de volumes énormes de données. L’alliance des deux expertises induit une nouvelle forme d’approche dans la prise en charge thérapeutique ». L’illustre la révolution en matière d’études cliniques. Aujourd’hui, il est possible de mesurer une centaine de paramètres grâce aux applications digitales (activité sociale, distance parcourue, battements cardiaques, etc.) ce qui permet un ciblage précis des patients et des effets des médicaments. « La Data va permettre de définir pour quel type de population le médicament est le plus efficace et le plus sûr. Ceci dans l’intérêt de tous (patients, industrie pharmaceutique et organismes payeurs) » précise notre interlocuteur.

Autre aspect induit par la transformation digitale, l’évolution vers de véritables traitements (thérapeutiques) digitaux. « La finalité est de proposer au corps médical des applications comme de véritables traitements, non comme de simples aides. Ces applications pourront avoir leur efficacité propre, ou compléter une prise en charge médicamenteuse traditionnelle dans une logique d’offre globale de soin ». Du côté patient, le digital va permettre un suivi plus étroit et une motivation plus forte dans sa prise en charge. Le véritable défi de ces futurs traitements digitaux sera toutefois de démontrer un bénéfice scientifique et clinique, et appuyer les démarches d’accréditations des applications par des experts et/ou sociétés savantes. Bref, démontrer un intérêt thérapeutique réel et intégrer cette nouvelle offre dans le système de soin. Des projets sont déjà réalisés dans ce sens (diabète, dépression).

Côté responsable IE, cette mutation a plusieurs impacts. Premièrement, il faut pouvoir garder l’expertise sur les sujets historiques tout en montant en compétence sur des sujets liés à l’innovation. Deuxièmement, dans un contexte d’agitations fortes, le challenge du responsable IE est de faire la part entre les effets d’annonces, et les véritables orientations stratégiques d’un marché en pleine mutation afin de déterminer celles qui vont être pérennes. « Par rapport à la veille sur notre cœur de métier, les outils utilisés n’ont pas besoin d’être différents, il faut simplement les adapter» souligne à nouveau le Directeur de projet Intelligence Economique.

« La transformation digitale va également impacter la culture, la structure des entreprises » rajoute l’interviewé. Le veilleur doit notamment prendre en compte le risque d’ « uberisation » de son marché. « [Dans l’industrie pharmaceutique], cela se fera, mais pas du jour au lendemain, précise Philippe Halbout. On touche à bien précieux – la Santé – où celui qui décide d’utiliser un traitement (le médecin), celui qui le délivre (le pharmacien), celui qui l’utilise (le patient), celui qui le paie (l’assurance maladie, les mutuelles, ..) sont tous des acteurs différents. En cela, nous évoluons dans un univers éloigné de ceux touchant les biens de consommation où l’uberisation a pu se mettre en place très rapidement. »

Pour le moment, des sociétés comme Google ou Apple ont choisi de privilégier des stratégies d’alliance avec des laboratoires pharmaceutiques. Ces firmes ne connaissent pas suffisamment les médecins comme les laboratoires les connaissent. Vont-t-elles néanmoins dans un avenir proche développer leurs propres solutions thérapeutiques ? Nouveaux paradigmes, nouveaux acteurs qui entreront dans le pré carré des industries de santé…

*L’intéressé s’exprimant en son nom propre et non pas au nom de Servier.

**Pour plus d’information vous pouvez vous reporter à l’article de mars 2015

Le développement de l’Intelligence Economique en Afrique

Gweth-IE-ItwIntelligences Economiques s’est penché sur le développement de l’Intelligence économique dans un continent en pleine croissance : l’Afrique. Pour cela, nous avons approché et interviewé Guy Gweth spécialiste des marchés africains, fondateur de Knowdys Consulting Group, leader du conseil en intelligence stratégique et due diligence en Afrique centrale et de l’Ouest.

Il y a quelques jours a été légalisé le Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique (CAVIE) dont vous êtes le Président. Pouvez-vous nous décrire la genèse et la finalité de ce centre ?

La création du CAVIE est partie d’un triple constat. D’abord la place croissante de l’Afrique dans les agendas de la quasi-totalité des principaux acteurs économiques mondiaux ; ensuite le nombre grandissant de professionnels Africains de l’intelligence économique à travers le monde; et enfin, la nécessité de fédérer ces derniers, d’en former de nouveaux – en réponse aux besoins des marchés africains -, de labelliser les bonnes pratiques, et d’accompagner les acteurs publics et privés locaux dans la quête et la préservation de leur compétitivité. En somme, la finalité du CAVIE est, dans sa démarche qualité, de fédérer, former, labelliser et promouvoir les professionnels de l’intelligence économique, tout en veillant et en sanctuarisant les secteurs clés de l’économie africaine grâce à la mise à disposition d’une information à haute valeur ajoutée.

Quels sont les limites empêchant le développement d’une véritable culture d’Intelligence économique sur le continent africain ? Y a-t-il des pays plus en avance que d’autres sur ce sujet ?

André Malraux avait coutume de dire que « la culture ne s’hérite pas, elle se conquiert » ; celle de l’intelligence économique peut-être plus que d’autres. Depuis la période coloniale, l’Afrique a vécu comme un réservoir de matières premières pour les grandes puissances. La conférence de Berlin de 1884-1885 ayant tranché la question de la concurrence jusqu’après les indépendances de 1960, il n’y avait aucune raison de penser que la collecte et la diffusion sécurisée de l’information utile aux acteurs économiques était décisive pour les pays africains. Mais depuis 2000, poussé par l’intérêt grandissant de la Chine pour la qualité de nos matières premières et la taille de nos marchés, notre continent est apparu comme la nouvelle frontière de la croissance mondiale, avec la concurrence qui en découle. C’est cette nouvelle configuration qui porte, chez-nous, les germes de ce que vous dessinez comme une «véritable culture de l’intelligence économique ». Cette culture se conquiert en luttant contre de vieilles habitudes telles que l’ostracisme à l’égard des producteurs de richesses, la rétention de l’information et l’absence de données publiques fiables et régulièrement mises à jour, etc. Dans ce contexte, les pays anglophones tels que l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana ou l’Ouganda sont en avance sur leurs homologues francophones, très probablement pour des raisons culturelles, là aussi…

Quelles sont les spécificités du renseignement (étatique ou commercial) en Afrique ? (typologie des acteurs, moyens, historique, etc.)

À cause de sa matrice culturelle et de son retard technologique, le renseignement africain est et reste principalement tributaire des sources humaines, tant au niveau militaire, politique que commercial. Même si la percée d’internet et du téléphone mobile permet de mobiliser d’autres sources, ces dernières restent largement minoritaires. C’est pour cette raison que le CAVIE a à cœur de former des professionnels de l’intelligence économique aguerris aussi bien dans la recherche électronique que dans le renseignement humain. Nos adhérents formés à l’étranger sont tous unanimes : ce dernier aspect est celui qui leur fait le plus défaut en contexte africain.

Intelligence économique & IHEDN

logoIHEDN19032010Dans un an, l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) fêtera les 20 années d’existence des cycles Intelligence économique et stratégique. Le responsable du bureau Intelligence économique, Virgil DA SILVA MARQUES nous éclaire sur son histoire et ses spécificités.

La genèse de l’Intelligence économique à l’IHEDN

Les premiers cycles ont été mis en place dès 1996. C’est une première phase de sensibilisation où les questions de compétitivité et de sécurité économique des entreprises françaises, de protection et sécurisation de l’Information sont largement abordées. L’impact d’Internet fait progressivement son apparition dans les échanges. Durant cette période, « les grands noms de l’IE sont passés par l’IHEDN » nous précise notre interlocuteur. Ainsi, M. Alain Juillet et Mme Claude Revel participèrent aux premiers cycles de formation. Conscient de l’enjeu majeur de l’IE dans la vie des entreprises, l’IHEDN publie en octobre 2000 une première étude : l’Intelligence économique et stratégique dans les entreprises françaises (éditions Economica). Véritable analyse des pratiques d’IE dans les entreprises.

Depuis 2004, il n’y a pas eu d’évolutions majeures des thématiques contenues dans les formations. « L’IE aborde des problématiques anciennes. Nous apportons une vision complémentaire via l’analyse des Technologies de l’information et leur impact sur les organisations » argumente Virgil DA SILVA MARQUES. Si les problématiques (d’analyse et de partage de l’information, de protection des données, etc.) restent les mêmes, l’interviewé reconnait néanmoins que certains blocages persistent (cloisonnement des fonctions dans les organisations, etc.). Les démarches autonomes d’Intelligence collective demeurent trop rares…

Rôle et formations proposées

La vocation de l’IHEDN est d’être un lieu d’échanges et de réflexion. C’est dans ce cadre que le bureau IE propose des formations, à l’approche à la fois stratégique, managériale et opérationnelle. Le service reste étroitement lié avec les grands acteurs publics de l’IE en France (de la D2IE au Ministère des Affaires étrangères) et le secteur privé (la grande majorité des intervenants sont des professionnels/praticiens en l’entreprise)

3 formations sont ainsi proposées :

  • Le cycle Intelligence économique et stratégique dont les objectifs sont l’appropriation des concepts d’intelligence économique, l’acquisition des méthodes et outils pour, à terme,  implanter une démarche d’Intelligence économique au sein de son organisation.
  • Les séminaires Intelligence économique thématiques (veille, stratégies d’influence et de Lobbying, maîtrise des risques à l’international, normalisation et propriété intellectuelle)
  • Les séminaires « Sécurité économique et protection du patrimoine » dont le but est de sensibiliser et former les participants aux risques d’intrusions et, plus largement, sur les menaces pesant sur le patrimoine informationnel. Sont notamment présentées les mesures de protection à mettre en place dans le cadre d’une politique de sécurité des systèmes d’information (SSI) dans un contexte de Cyberdéfense.

Depuis 1996, l’IHEDN a réuni et formé près de 2000 personnes, cadres et dirigeants, issus de tous horizons professionnels. L’IHEDN peut ainsi s’enorgueillir d’être une source de connaissance historiquement reconnue et utilisée par les principaux acteurs de l’Intelligence économique.

Pour plus d’informations sur l’IHEDN, n’hésitez pas à vous rendre sur leur site