Le défi français de l’Intelligence stratégique

intelligence économiqueLe 11 décembre 2012, à l’Assemblée nationale, s’est rassemblé un groupe de travail pour aborder le thème de l’Intelligence stratégique en France. Vous retrouverez dans cet article, les principaux axes de réflexion proposés par les intervenants.

L’Intelligence économique au service de la compétitivité de la France

Alain Rousset  (Député, Président de l’Association des Régions de France)

Les défis : « Nous sommes entrain de laisser cannibaliser notre créativité ».

L’IE doit être un état d’esprit assorti d’outils. Son rôle est important car nous sommes dans une économie mondialisée et, nous devons savoir « comment se positionner pour développer des filières ». Or, « il y a eu une prise de retard par manque d’anticipation » comme dans le domaine des énergies renouvelables. En effet, il demeure encore des défis importants sur la maturation de nos technologies  (exemple de la numérisation des bibliothèques). L’essentiel souligne le député, est de « franchir au bon moment les marchés technologiques ». Il faut de ce fait donner davantage de moyens aux TPE et PME.

Les actions à envisager : « Réarmer la puissance publique »

M. Alain Rousset désire renforcer le Haut Comissariat à l’IE. Il est de plus nécessaire de mettre en place une véritable politique d’anticipation et, ainsi concourir à cette vision d’avenir via un volet européen – national – territorial.

Boris Vallaud, conseiller auprès du ministre du redressement productif 

Les défis : l’IE au service de la souveraineté nationale

Le conseiller souligne que l’IE « ne se réduit pas à une conception défensive ». Il y aurait trois missions principales propres à l’IE :

  • Elle doit permettre de soutenir la compétitivité des entreprises dans un monde mondialisé déloyal et, ainsi restaurer l’équité dans la concurrence et les différentiels appropriés. L’IE participe à l’avenir industriel en ayant l’occasion de sortir du « courtermisme » (temps de l’actionnaire) et permettre une innovation de rupture.
  • Elle est aussi un vecteur d’Intelligence collective (entre petites et grandes entreprises, entre entreprises et service publique). Boris Vallaud souligne toutefois que cette forme d’Intelligence reste à écrire.
  • L’IE doit de plus, se doubler d’une stratégie plus globale d’influence. Ce qui permettrait de comprendre son environnement et d’influer sur lui. L’influence se rapportant aussi bien au capital matériel qu’à l’immatériel (normes, « marque France », etc.)

La France à l’international

Claude Revel, Spécialiste d’intelligence stratégique, auteur de la France : un pays sous influences ?

Les défis : « Faire le lien entre les défis internationaux qui semblent lointains et le terrain »

Claude Revel débute son exposé en établissant plusieurs constats :

  • La concurrence internationale est multiforme, de toute nature (privé, public, associatif, etc.) et concerne de plus en plus des produits immatériels.
  • Nos partenaires sont également nos concurrents et inversement. Il faut ainsi établir des stratégies d’alliance plus adaptées.
  • Les états sont devenus des acteurs parmi d’autres. Il existe plusieurs types de puissances d’influence : les ONG, les grands groupes, les concepts (exemple du développement durable).
  • Il est enfin nécessaire de protéger l’immatériel (marque, savoir faire, etc.)

Les actions à envisager : « lier la pensée à l’action »

Il faut pouvoir adapter des démarches d’anticipation, de benchmarking, lier en quelque sorte la pensée à l’action. Claude Revel ajoute qu’« il faut trouver des intérêts communs » autre que la notion de « patriotisme » économique. La raison d’existence d’une entreprise étant avant tout la rentabilité. Il ne faut pas de plus opposer sécurité et influence et « faire travailler tout le monde ensemble »(les différents corps de métiers par exemple) afin d’éviter les segmentations synonymes d’inefficacité.

Philippe Clerc (conseiller expert en intelligence économique internationale, CCI France)

Selon, Philippe Clerc, il est nécessaire d’articuler efficacement les connaissances et l’Action et, intégrer une vision à plus long terme. Ce dernier a fait un rapide tour d’horizon comparé  des stratégies d’IE:

  •         Le système US a ainsi une influence normative impressionnante et sont des « offensifs très rudes ». L’articulation entre pouvoir public et entreprises fonctionne efficacement dans ce pays.
  •         Le système chinois (…) a la faculté d’apprendre des autres. Ils ont ainsi créé un « mixte stratégique » à partir des systèmes d’IE anglo-saxons, latins…
  •         Le système brésilien se distingue par sa capacité d’articulation entre stratégie et veille (basé en particulier sur la bibliométrie et l’analyse des brevets). Ce qui lui permet d’avoir une vision à plus long terme.
  •         Le système coréen partage lui aussi cette articulation efficace entre vision et stratégie, jusqu’à se positionner sur des stratégies de prise de pouvoir à l’horizon 2030.
  •         Le système mexicain met en place une stratégie de puissance basé sur le levier culturel (leadership sur l’espace hispanophone et industries culturelles) .

Les actions à envisager : le partage de l’Information au profit des entreprises

(…) [Philippe Clerc] recommande d’ « accroitre les connaissances au profit des entreprises et participer davantage à la sécurité ». Il est aussi important d’ « utiliser l’IE comme vecteur de coopération ».

L’Intelligence économique au service des entreprises françaises

Jean-François Roubaud  (Président de la CGPME)

Ce dernier a insisté sur la nécessité de sensibilisation des chefs d’entreprises. Il faut de plus imposer les brevets à ces derniers et leur permettre de les conserver.

Alain Juillet (Président de l’Académie de l’IE)

L’IE : le choix de la solution offensive

Alain Juillet dresse un état des lieux relativement pessimiste sur l’IE française. « Les analyses succèdent aux analyses mais, il faut aller plus loin » selon lui. L’important n’étant pas le débat sur la sémantique mais, la pratique. De plus, on privilégie trop souvent le défensif au détriment du principe même de l’IE. Ainsi, le Président de l’Académie de l’IE constate que « nous sommes dans une course où nous ne sommes pas dans la tête. Les échanges sont indispensables entre l’Etat et les entreprises ».

Alain Juillet précise que « l’IE repose avant tout sur un état d’esprit : volontarisme, curiosité, flexibilité, remise en question permanente ». Il demeure obligatoire de sensibiliser davantage les chefs d’entreprise et, de permettre une circulation suffisante de l’Information entre les ministères. En France, nous avons l’Information mais, nous ne savons pas l’utiliser au bon moment. Il précise que « la première des vertus étant l’offensive », il faut pouvoir être plus à même de lutter contre les désinformations et, perdre une certaine naïveté.

Bertrand Warusfel  (Professeur à l’Université Lille2, avocat au barreau de Paris)

Dans son intervention, le professeur explique qu’il faut « mieux protéger le patrimoine informationnel des entreprises ». Il existe déjà des dispositifs pour protéger son patrimoine mais ces derniers sont souvent très complexes et ne sont utilisés que par les grands groupes. Le principe de « secret d’entreprise » permettrait d’avoir une loi identique pour tous et ainsi permettre aux PME de se protéger davantage. L’objectif est ainsi « de faire entrer les entreprises dans la culture de l’Information ».

De plus, il propose une solution dans la définition du terme de « secret d’affaire ». Il faudrait pouvoir faire une disposition pénale et une définition plus large pour l’action des pouvoirs publiques.

Une nouvelle place de l’État et des territoires

Jean-Louis Levet (économiste)

Il faut un état stratège qui aurait une capacité d’adaptation et d’action. Il y a ainsi 4 priorités :

  • Rendre moins vulnérable notre tissu économique pour le rendre plus dynamique.
  • Accroître l’influence normative et nos pouvoirs de négociation.
  • Coordonner l’ensemble des Informations
  • Informer (en vue d’une meilleure coopération)

Pour conclure, tous les intervenants ont ainsi précisé l’importance de l’Intelligence stratégique pour la compétitivité et, ont appuyé la création d’un Haut-Commissariat à l’intelligence économique et à la prospective. De plus, l’Intelligence économique doit devenir un concept offensif (notion d’influence) et non pas se cantonner à son volet défensif.

2 réflexions sur “Le défi français de l’Intelligence stratégique

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